TouPI a participé à une rencontre avec Charlotte Parmentier-Lecocq, ministre déléguée chargée des personnes handicapées, et Marie Barsacq, ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie Associative, sur la prévention des noyades des enfants autistes.
Cet échange fait suite aux drames survenus durant l’été dans le cadre de centres de loisirs et colonies de vacances. Ces drames soulignent l’urgence d’une réflexion approfondie et d’actions concrètes pour garantir la sécurité et l’inclusion des enfants autistes dans le cadre d’activités aquatiques.
Nous avons présenté 4 propositions pour prévenir les noyades, issues de notre expérience de terrain :
1. Une surveillance réellement adaptée
Si la formation des animateurs et des éducateurs à l’autisme ainsi que le taux d’encadrement doivent être améliorés, la sécurité d’un enfant autiste ne peut être garantie uniquement par cela.
Chaque enfant autiste est différent et, s’il est utile de connaître l’autisme, il est surtout indispensable de bien connaître l’enfant. Il est essentiel qu’un animateur ou éducateur référent, clairement identifié et stable sur toute la semaine, accompagne tout enfant autiste qui a besoin d’un accompagnement individuel et ne le quitte pas des yeux, en particulier lors des activités aquatiques.
Or, dans certains centres de loisirs, même lorsqu’un renfort d’animateur est prévu pour accueillir un enfant handicapé, l’animateur change chaque jour. Dans d’autres cas, il n’y a pas de réel référent : un animateur supplémentaire est affecté au groupe, sans responsabilité clairement définie. Cette organisation peut créer un risque de déresponsabilisation. Il faut donc désigner un animateur dont la mission exclusive est la surveillance de l’enfant autiste.
Un temps d’échange en amont des parents avec cet animateur référent est indispensable afin de transmettre des informations essentielles, notamment concernant les activités aquatiques : l’enfant sait-il nager ? est-il fugueur ? a-t-il conscience du danger de l’eau ? comment se fait-il comprendre et comment se faire comprendre de lui ? a-t-il besoin d’aide dans les vestiaires et pour gérer ses affaires ? Ces échanges directs sont cruciaux, car un simple relais via le responsable du centre peut entraîner des pertes d’information.
Lorsque l’enfant fréquente régulièrement un centre, il peut être utile que plusieurs animateurs, à tour de rôle, aient déjà assumé le rôle de référent lors de différentes périodes de vacances. Ainsi, en cas d’indisponibilité de l’animateur prévu pour une période donnée, un autre animateur déjà expérimenté avec l’enfant et ayant déjà eu un échange avec les parents pourra assurer la continuité de l’accompagnement en toute sécurité.
2. La sécurité ne doit pas devenir un prétexte à l’exclusion
La crainte de nouveaux accidents pourrait décourager certains organisateurs de séjours ou accueils de loisirs d’inclure les enfants autistes dans les activités à l’extérieur, voire les conduire à les exclure totalement. Il est essentiel d’éviter que la recherche légitime de sécurité ne se traduise par une exclusion de l’enfant.
Il faut évaluer les besoins de chaque enfant individuellement et déterminer s’il nécessite ou non un accompagnement spécifique, et le mettre en place si nécessaire. Il faut rappeler que le spectre de l’autisme est très large : un enfant autiste de 10 ans sans déficience intellectuelle et sachant nager n’aura pas les mêmes besoins qu’un enfant avec un retard de développement intellectuel et fugueur. La simple mention du diagnostic d’autisme ne doit pas justifier une restriction d’activités, un refus d’accueil ni même l’exigence d’un accompagnement individuel systématique même lorsque celui-ci n’est pas nécessaire.
3. Un apprentissage de la natation adapté
La plupart des cours collectifs sont inadaptés pour de nombreux enfants autistes. Même lorsqu’il s’agit de groupes de natation adaptée aux personnes handicapées, il arrive que les enfants non-nageurs ne soient pas admis car l’apprentissage de la natation n’est pas possible dans un contexte de groupe.
Un grand nombre d’enfants autistes ont besoin d’un apprentissage individuel, avec un maître-nageur dans l’eau pour leur montrer et guider physiquement les gestes. L’enseignement depuis le bord du bassin ne fonctionne pas pour beaucoup d’entre eux, car ils rencontrent souvent des difficultés de compréhension et d’imitation. Il est nécessaire que les maîtres-nageurs adaptent ainsi leur enseignement. A défaut, les familles qui le peuvent sont obligées de faire appel à des éducateurs spécialisés ou enseignants en activités physiques adaptées, hors structure, ce qui a un coût important.
Pourtant, l’expérience montre qu’avec une approche adaptée et suffisamment de temps, même des enfants avec autisme sévère et déficience intellectuelle peuvent apprendre à nager. Il faut toutefois accepter que l’apprentissage prenne plusieurs mois, voire une année entière, bien au-delà des dix séances habituellement proposées.
4. Un financement pérenne et des cours accessibles
Un enfant autiste peut avoir besoin de deux séances hebdomadaires, pendant une année complète, pour apprendre à nager – soit environ 400 € par mois pendant un an.
Or, le complément d’AEEH ne peut généralement pas couvrir ces frais car les parents ont déjà d’autres frais. Pour les enfants qui ont la PCH, les MDPH refusent généralement de prendre en compte les cours de natation, alors que la PCH aide exceptionnelle (6000 € par période de 10 ans) pourrait être mobilisée. Il faudrait donc donner des consignes aux MDPH pour pouvoir mobiliser la PCH aide exceptionnelle et le Fonds Départemental de Compensation du Handicap pour le financement de cours de natation. Cependant ces procédures de demande d’aides, longues et complexes, constituent un frein pour les familles. Et il est difficile pour les familles de savoir comment trouver un enseignant ou un éducateur capable d’enseigner la natation à leur enfant autiste alors que les piscines n’en proposent pas. Souvent seul le bouche à oreille permet de trouver un enseignant.
Nous proposons donc que chaque piscine dispose de maîtres-nageurs formés et qu’elles reçoivent un financement supplémentaire pour assurer ces cours adaptés. Il est indispensable de veiller à la souplesse de créneaux horaires et à une large disponibilité de ces maîtres-nageurs afin de s’ajuster aux contraintes familiales et d’éviter que l’éloignement ou les horaires imposés et contraints ne soient un obstacle.
Vous vous sentez concerné par le sujet de la sécurité des enfants autistes en milieu aquatique ? Contactez-nous !